Après la guerre.., le sourire retrouvé

Pour finir notre voyage, j’avais envie de légèreté, de bon¬heur. Nous nous sommes donc dirigés vers Sihanoukville et Kep, sur le littoral, pour écrire le dernier chapitre du livre. Ici, le Cambodge est un paradis, avec ses plages, ses palmiers, ses pêcheurs et ses enfants tout à leurs jeux.
Pourtant, cette paix retrouvée est née après un long et douloureux enfantement. Pour parvenir au 23 octobre 1993, aux accords de paix, il aura fallu dix ans !

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Durant l’occupation vietnamienne, en 1982, un gouverne¬ment de coalition du Kampuchea démocratique (GCKD) est formé qui permit aux différents courants politiques du Cambodge de se rencontrer. Sihanouk y prônait la « réconciliation nationale », solution de compromis pour que cessent enfin les troubles. Avec le départ des Vietnamiens la constitution est modifiée, le Kampuchea démocratique retrouve son nom de Cambodge, la peine de mort est abolie, le bouddhisme redevient la religion officielle, la propriété privée est réaffirmée. Le pays tente même de se tourner vers une économie de marché. Nous sommes alors en 1989 et les derniers Vietnamiens quittent le pays : le moment était venu pour officialiser la paix.
Mais dans un premier temps les conférences tenues à Paris débouchent sur un échec. Si tout le monde s’accordait sur l’organisation d’élections générales, la désignation du gou¬vernement qui conduirait le pays durant cette période préélectorale posait un pro¬blème majeur. D’où la reprise des combats, chaque faction voulant acquérir par les armes une domination la mettant en posi¬tion de force dans les négociations.
Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de FONU créèrent I’APRONUC pour débloquer la situation. Ils mirent en place aussi le CNS (Conseil national suprême), sié¬geant à I’ONU, mais auquel les Khmers rouges refusèrent de participer.
Au milieu de cette confusion, l’Etat du Cambodge annonça que les élections auraient lieu quoi qu’il arrive en juin 1992. L’armée de Phnom Penh connut quelques succès qui ôtèrent aux Khmers rouges une grande partie de leur influence dans les trac¬tations. Un cessez-le-feu fut signé en mai 1991, suivi par un arrêt inconditionnel et illi¬mité du conflit. Sihanouk fut nommé secré¬taire général du CNS.
Enfin, le 23 octobre 1991, à la Conférence de Paris sont signés les Accords de paix sur le Cambodge. Les Cambodgiens, si souvent trahis, déçus, victimes de tant d’idéologies diverses se montrèrent méfiants, mais quand Sihanouk rentra enfin au pays, le jour de la fête des Eaux, le peuple sentit qu’une page se tournait.
Les choses bougeaient en effet. Hun Sen changeait le nom de son parti, le Parti révo¬lutionnaire du Kampuchea, en Parti du peu¬ple cambodgien, et renonçait au marxisme-léninisme ! En outre, celui que le peuple appelait « Norodom Hun Sen » obtint que le gouvernement considère comme illé¬gal le renversement de Sihanouk qui redeve¬nait ainsi le chef de l’Etat. Et Sihanouk appelait Hun Sen son « nouveau fils ».
Sihanouk et Hun Sen. Le prince et le révolu¬tionnaire. Un couple étonnant, si populaire que les Khmers rouges et les autres factions semblaient quantités négligeables. Mais la Chine et la Thaïlande refusèrent cet état de fait. Les Bérets bleus de I’UNTAC s’installè¬rent donc dans le pays.
Malgré les nombreuses imperfections du règne de I’UNTAC, malgré les combats qui continuaient dans certaines régions, 350 000 exilés furent rapatriés, le déminage com¬mença. Et en dépit de la terreur organisée par les ultimes Khmers rouges (enlèvement, assassinats), des élections furent tenues. 90 % des Cambodgiens s’exprimèrent, et le FUNCIPEC sortit vainqueur. Hun Sen, ne pou¬vant se faire à l’idée d’abandonner le pou¬voir, agit habilement pour se maintenir.
La nouvelle assemblée prit sa pre¬mière décision le 14 juin 1993, élisant à l’unanimité Sihanouk comme chef d’Etat. En septembre, le Cambodge redevenait un royaume où « le roi règne mais ne gouverne pas ».
Le pays connut d’autres troubles, du à la présence de deux premiers ministres ennemis : Hun Sen et Ranariddh, le fils de Sihanouk. Ceux- ci se battirent par armées interpo¬sées jusqu’à ce que Hun Sen prenne définitivement le pouvoir en 1997, tenant le pays d’une main de fer sans doute injuste mais peut-être salu¬taire : depuis dix ans, le pays vit dans la paix et se reconstruit enfin.
Il est donc possible de rêver d’une paix durable, d’un Cambodge heu¬reux où l’on peut jouir de plaisir sim¬ples sans indécence, comme sur les plages de Sihanoukville ou de Kep. Et connaissant bien les Khmers, je sais qu’ils sont particulièrement doués pour le bonheur.
Ce Cambodge renaissant ne ressem¬ble pas à celui dont rêvaient les Khmers rouges. Heureusement ! Les Cambodgiens ne veulent pas revenir à un âge agricole. Ils veulent apparte¬nir au monde. Ils veulent des télé-phones portables, écouter de la musique moderne, faire des affaires. Ils désirent être considérés comme un peuple vivant, un peuple du XXIe siècle.
Le jeune roi Sihamouni qui a succédé à Sihanouk marque ce renouveau. Chose inimaginable il y a peu, le pro¬cès des Khmers rouges aura même lieu. Certes ils ne sont pas nombreux à attendre un jugement, mais dans l’inconscient populaire une phase va être dépassée. La justice se penche enfin sur sur les années d’injustice. Ce procès devrait commencer cette année, en 2007. Le Cambodge est en pleine mutation.
La dernière photo de ce livre date du 14 avril 2007, le Nouvel An khrner. Je me trouvais au Vat Phnom. Ce jour- là, une foule de personnes, des jeu¬nes pour la plupart, s’étaient rassemblées pour se lancer de la farine, du talc, de l’eau, se faire la cour, se poursuivre dans des éclats de rire. Je fus bien sûr une des cibles de ces jeux enfantins et je repartis trempé et tout blanc, déclenchant l’hilarité de tous, particulièrement des jeunes filles.
Le Cambodge ne pouvait m’offrir de plus bel épilogue que cet immense éclat de rire.

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