AVANT-PROPOS 3

Au final, le livre et le film présentent des aspects très différents. Loin d’être simplement le reflet l’un de l’autre, ils racontent des aventures croisées, un cheminement plus rigoureux pour le tournage, un vagabondage plus spontané pour les photos. Je pense toutefois que tous deux évoquent avec sincérité et justesse une culture et un pays attachants.
De l’art de voyager incognito (ou presque)
Depuis 2003, j’ai voyagé partout comme l’homme invisible. Sans jamais me faire remarquer, fuyant les réseaux officiels (sans être hors la loi). Disons que j’aime me sentir libre. Tous ceux que j’ai filmés, les sorciers, les anciens Khmers rouges, les enfants, ont accepté ma demande, une demande directe, d’homme à homme, et l’ont fait librement. J’ai néanmoins effectué les démarches nécessaires auprès des ministères. Mais je n’ai jamais eu besoin de ces autorisations, sauf celle de l’Apsara* pour filmer le site d’Angkor. Les vendeurs de diamants de Païlin, les démineurs, les km, le roi, le premier ministre Hun Sen, le prince Rannaridh, ils sont tous passés devant ma caméra. Et pourtant personne ne me connaît, surtout dans la communauté française. J’ai vu et écouté le père Ponchaud, Olivier de Bemon, François Bizot, durant des conférences, pour ne parler que des Français. J’ai croisé des personnages officiels, des professeurs, des ambassadeurs. D’autres voyageurs seraient allés les voir, pour sympathiser, etc. Mais je suis un peu spécial. Avant de les rencontrer, je voulais vivre une expérience forte, profonde, et parler et lire le khmer presque couramment.
Si j’ai « fui » la communauté française plus spécifiquement, c’est dans le seul but de m’immerger dans la culture cambodgienne. Ce n’est pas par mépris, et d’ailleurs, si je sais plus ou moins qui sont les barang comme on les appelle ici, je ne connais rien à leur vie. Je suis allé jeter un œil à leurs activités, car je suis très curieux. Evidemment, quelques-uns tiennent des bars louches, mais j’ai envie de n’évoquer ici que les plus louables, dans divers domaines : ceux qui ont des restaurant de haute tenue ( Le 102, Le Deauville ), ou des hôtels de charme (La Noria à Siern reap ou Les Ten-es Rouges dans le Rattanakiri) ; et plus particulièrement ceux qui viennent apporter leur aide, comme les remarquables des Pallières. Sans oublier bien sûr les khmérologues de I’efeo, les artisans d’Angkor, les anciens casques bleus restés attachés à ce pays, les conseillers militaires pour le déminage, le personnel de l’ambassade de France, du Centre culturel français, les jeunes gens de la coopération, les anonymes qui apportent des dons. Combien de jeunes Français ai-je rencontrés qui parlaient un khmer parfait à me faire pâlir de honte.
Ils sont nombreux ceux qui, pour une raison ou une autre, aiment le Cambodge.
Alors, amis français, chers compatriotes, je n’éprouve aucune antipathie à votre égard, sachez-le bien !
Lors de la projection de mon film devant un comité de vision, une assemblée en grande partie parisienne, je fus tenté de leur dire : « Avec toute la poussière que j’ai mangée sur les pistes, je pourrais vous faire Paris-Plage, et avec l’énergie que j’ai dépensée, je pourrais en plus vous illuminer la tour Eiffel le 14 Juillet. » Je ne sais plus pourquoi, j’ai préféré ne pas introduire d’humour dans ma présentation. Et malgré mon penchant pour la discrétion, je suis finalement content de laisser une trace de mon « errance contrôlée » de Kep à Anlong Veng, de Koh Kong à Ta Veng, de Païlin à Sen Monorom… C’est aussi une manière de rendre hommage à ceux qui ont croisé ma route et m’ont fait confiance.

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