AVANT-PROPOS

Merveilleux Cambodge ! Oui, le temps est venu où l’on peut le dire, parfois avec insouciance ou comme une prière pour provoquer le destin. Ce fut d’ailleurs le titre d’un livre de Claude Fillieux, publié en 1962, époque bénie pour les Cambodgiens, qui y voient un âge d’or avant l’horreur. Et aujourd’hui, pourrait-on écrire un Merveilleux Cambodge ?

Ce n’est pas certain. Même s’il y a du merveilleux dans ce royaume, même si ce que j’y ai vécu et que j’y vis encore est merveilleux, les obstacles qui séparent la plupart des Cambodgiens du bonheur sont nombreux, et à ceux-ci s’ajoute le désordre de
la mondialisation. La vie est dure au Cambodge. L’injustice fait partie du quotidien. Je le sais, je l’ai vu et ne peux l’effacer. Pourtant, devant les sourires des enfants, la gentillesse des paysans, face à l’humour que les Khmers aiment à voir partout, je le pense sincèrement, quel merveilleux Cambodge !

Mon expérience est un peu particulière. Fils de reporter, devenu moi-même reporter, je connais l’Asie depuis la petite enfance. Quand mes parents m’emmenèrent pour de longs séjours en Inde et au Népal, j’avais cinq ans. J’aurais même été conçu, paraît-il, sur la route de la Soie alors qu’ils se rendaient en Afghanistan en 2cv ! Et, au Népal, ma meilleure amie fut… une petite Cambodgienne, orpheline de la guerre, adoptée par des amis de mes parents ! Rien d’étonnant si une passion dévorante a germé très tôt en moi. Quand mes amis de classe se passionnaient pour les motos ou le football, je me plongeais dans les subtilités du panthéon hindouiste ou j’apprenais le nom des dynasties successives ayant régné en Chine. A la moindre occasion je suis parti vers ce continent, avec mon père, ses confrères, tout seul. A Lhassa un moine m’expliqua que tout n’est qu’illusion et que mon énergie karmique me portait là parce que mon esprit le voulait. Au Cambodge, des amis me dire que j’avais été cambodgien dans une vie antérieure et que mon âme voulait revenir où elle avait vécu avant ! Je suis un homme rationnel mais je finis par me poser des questions tant les coïncidences furent nombreuses qui m’entraînèrent en Inde, en Chine, au Vietnam, au Népal, au Tibet.

A voir: circuits vietnam pas cher | voyage Cambodge | excursion halong cat ba

Quand je suis arrivé au Cambodge, j’y ai trouvé une autre Asie. C’était le mois d’avril qui est si chaud. C’était le Nouvel An khmer. J’avais trente ans, et je voulais commencer une nouvelle vie.

Je suis parti tout seul, dans le pays des Khmers, pour tourner mon premier film. Paul Morand a dit : « L’impression que vous cause une ville, le choc d’un pays nouveau, c’est en somme l’affaire des premières quarante-huit heures. Sinon il faudra des années. » Justement, ma première impression fut assez étrange : « Le Cambodge, c’est l’Afrique en Asie. » Pensée idiote, d’autant que je ne suis jamais allé en Afrique, et que je ne connais de ce pays que des images vues dans des reportages pas toujours très joyeux. Face à la sécheresse des paysages, la simplicité du mode de vie, le manque d’infrastructures, c’est ce qui m’est venu à l’esprit. Je ne reconnaissais pas l’Asie ! C’est pourtant là que je voulais faire un film. Plus exactement, c’est là que je devais faire un film. Je ne saurai jamais ce qui m’inspira cette mission tombée du ciel, mais tout au long du tournage j’ai éprouvé la sensation que le chemin de ma vie devait passer par cette étape cambodgienne. Pour vivre cette expérience pleinement, pour qu’elle bouleverse ma vie et ma culture, je n’ai fréquenté que des Khmers, fuyant tous les Occidentaux que je pouvais croiser. Il faut que je rende ici un hommage à David Livingstone (encore l’Afrique !). J’adore la littérature de voyage, et Livingstone est un de mes modèles. Je ne suis pas missionnaire protestant, mais Livingstone aimait voyager seul, avec pour guides les hommes d’Afrique. Dès son arrivée sur le continent, il partit six mois dans une tribu pour apprendre la langue, les us et coutumes. Voulant vivre un peu de cette expérience, je passai une petite annonce pour trouver un assistant cambodgien, et le lendemain je rencontrais Im Visith. Elégant, un peu play-boy, costaud, une vingtaine d’années, très intelligent, il m’aida dans mes premiers reportages. Peu après, j’eus des problèmes pour accéder à mon compte en banque et je me suis retrouvé sans un sou ; je n’avais pas assez d’argent pour me payer un hôtel, même minable. Sa famille m’a hébergé pendant plusieurs semaines dans leur maisonnette au bord d’un étang dans les faubourgs de Kompong Cham. J’y avais une minuscule chambre, sans télé bien sûr, ni climatisation, ni même matelas. Je dormais comme eux, sur une planche, protégé des millions d’insectes par une indispensable moustiquaire. Moments intenses de ma vie. J’apprenais tout : à filmer, à construire un film, la langue khmère, Viseth tenant à m’enseigner l’infernal alphabet khrner, le soir, après le tournage. Avec ses trente-trois consonnes, ses vingt-huit voyelles, ses douze voyelles indépendantes, ses souscrites, l’alphabet khmer est tout simplement le plus complexe du monde. Mais Viseth m’a fait cadeau d’une clé extraordinaire pour mon apprentissage du khmer. Par-dessus tout, j’apprenais à vivre comme les Khmers, de loin la tâche la plus difficile. Vivre comme les Khmers, cela signifie se lever tôt, très tôt. Dès que le ciel blanchit, vers cinq heures du matin. Cela veut dire prendre un petit-déjeuner à base de riz, avec du porc, du bœuf ou du poulet frit, ou une soupe aux vermicelles. Le café étant pour ainsi dire imbuvable dans ce pays, j’ai dû m’habituer au thé. Et le soir, le repas se prend vers 18 h 30, ce qui laisse de longues soirées pour ne rien faire puisqu’il n’y a rien à faire le soir dans les provinces.

查看更多:越南签证网上申请 | 下龍灣旅行社 越南首都越南胡志明市旅游攻略越南景点越南西贡沙巴旅游下龙湾天堂号游船

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*