La route des Mines

Après Anlong Vaeng, la route s’infléchit pour rejoindre les régions de l’Ouest. Quelques villages balisent la route. Autant de non-lieux, de bourgs provinciaux improbables que nul ne connaît. Ils nous racontent une autre phase de l’histoire, celle de la fin des Khmers rouges, quand les combats triangulaires les
opposent à l’armée royaliste et à l’année de Hun Sen (qui se bat¬tent entre elles également). Des combats violents entre les Khmers rouges et les troupes gouvernementales se déroulèrent à O’Smach par exemple. Qui s’en souvient ?
Un peu plus loin nous arrivons à Samrong, où les troupes royalistes furent vaincues par celles de Hun Sen, et où fut signé l’armistice. La guerre civile dans toute sa folie, sa cruauté, son absurdité. Ici, nul mémorial ou plaque commémorative. Les champs de mines sont l’unique héritage. Les panneaux de mise en garde nous escortent tout le long de la piste.
Un paysage monotone, semblant porter l’écho des violences de naguère, défile sous nos yeux. Les quelques temples, comme le Bantey Chmah, la « citadelle des Chats », sont en ruine. Sisophon, une ville sans charme, se dresse à un carrefour. Quant à Poïpet, la ville la plus repoussante du royaume, elle fut coupée du monde pendant des années : la route qui y mène était la plus minée du pays. Poïpet se situe à la frontière de la Thaïlande, ce voisin si riche et si envié. Les porteurs se massent au poste frontière pour profiter d’un commerce renaissant, grappillant des poussières de richesse. Mais le but de notre voyage approche. Après Battambang, nous rejoindrons Païlin.

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