Lumphat 2

Les Khmers rouges reviendront un peu plus tard. Entre-temps ils prennent Phnom Penh le 17 avril 1975 et durant trois ans trois mois et vingt jours ils transforment leur pays en camp de travail. Le résultat fut un monstrueux génocide.
Lumphat nous avait appris beaucoup sur l’avancée de la guerre. L’incendie avait commencé ici. Mais rien sur ce groupe qui avait fui dans la forêt. Comment maintenant trouver ce doc¬teur, le seul qui pouvait nous renseigner ?

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La chance nous sourit un matin, dans un petit restaurant khrner proche du marché central, vers sept heures, au petit-déjeuner. Un moment où ces restaurants sont pleins. Le patron vient trouver Prek Sa, qui me traduit ses pro¬pos. Le fameux docteur que nous cherchons est là. Immédiatement, je pars à sa rencontre, sachant que je me montre impoli, selon l’étiquette khmère. Un jeune mal habillé comme moi n’a pas vrai¬ment de légitimité pour s’adresser à un notable en cravate. Il ne m’in¬vite d’ailleurs pas à m’asseoir et me regarde avec un mépris évi¬dent. Je joue le bluff : le gouver¬neur nous a confirmé l’existence du groupe et nous a affirmé qu’il avait vu ces gens et les avait même soignés. Il n’avait plus qu’à me dire le nom du village, chose qui resterait entre nous. Voyant que j’en savais déjà pas mal il eut l’air contrarié mais ne chercha pas à mentir.
Nous apprenons enfin que les membres de ce groupe ont été dis¬persés dans divers hameaux, puis ont bougé ensuite. Il ne s’est plus soucié d’eux depuis. Mais il se sou¬vient qu’un homme est allé s’instal¬ler à Bo Kaev. Un des villages les plus éloignés, un des rares où nous ne nous soyons pas rendus !
Dix minutes après, nous sommes en route sur la piste la plus redoutable du coin. Notre voiture s’échoue tristement dans la boue. Il faut continuer à pied.
Au grand désespoir de Kosal, je prends ma caméra, le trépied et je commence à marcher. Les Khmers n’aiment pas mar¬cher. Mais Kosal me suit sans se plain¬dre, Prek Sa va attendre un camion pour se sortir de là… Arrivés en sueur à Bo Kaev, nous ne croisons qu’une population misérable, un mélange de toutes les ethnies locales : Tampuons, Jaraïs, Kreungs, Samrés… Ça sent la misère, l’ennui, une réserve ethnique, presque un mouroir. Kosal entame des discussions interminables. Impossible de s’adosser à un arbre, les fourmis rouges sont affamées et piquent affreu¬sement. Je reste debout et j’attends, sans comprendre pourquoi il faut dis¬cuter si longtemps pour une question si simple. Enfin, la confirmation espérée. Il y a bien un homme ici qui est sorti de la forêt. Mais il ne vit pas au village. Il construit sa cabane plus loin, dans une clairière. Nous reprenons notre marche cette fois en nous enfonçant dans la jungle bruissante d’une vie invisible. Deux heures plus tard, nous aperce¬vons enfin une clairière et une cabane en construction, en bois, avec un toit de tôle. Autour, presque rien, des gamelles en plastique, un vélo dont les roues n’ont plus ni pneus ni chambres à air, et quelques fétiches protecteurs.

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