Pailin, des diamants et des mines

A Païlin, pourtant la capitale de la région du même nom, pas de vieux temple angkorien ou de site admirable. Seulement des petites maisons rafistolées, un marché désordonné, un temple tout neuf qui ressemble à un gâteau d’anniversaire avec ses couleurs criardes. Les seules villas un peu cossues appartiennent à d’anciens cadres khmers rouges. Des vieillards aux crimes impunis qui achèvent leur carrière politique entou¬rés de quelques 7 500 habitants dont la plu¬part furent khmers rouges.
Païlin se situe à la frontière thaïlandaise. A l’origine on y envoyait des prisonniers pour tailler rubis, zircons, etc. Les Birmans y ins¬tallèrent également des colons. La ville fut annexée par les Siamois qui dominèrent longtemps la région. Elle fut rendue au Cambodge en 1907 grâce au traité de Sisophon et à l’appui de la France. Malgré le paludisme, la ville se mit à croître sous le règne de Sihanouk, et vers 1975 elle attei¬gnait 100 000 habitants !

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Le plus célèbre des romans khmers, La Rose de Païlin, publié en 1943 par Gnok Thaem, en a fait le cadre d’une histoire d’amour étonnante entre un homme de basse condi¬tion mais instruit, Chét, et une fille de gou-verneur appelée Nieuri. Amour impossible. Pourtant la demoiselle de Païlin, séduite par les qualités du jeune homme, défie les règles établies. En Asie, les mariages sont souvent arrangés et l’ascension sociale presque impossible. Païlin était donc devenu syno¬nyme d’espoir pour les sentimentaux.
Dans la réalité, la ville connaît un destin moins romanesque. Les Khmers rouges s’en emparent le 17 avril 1975. C’est un site idéal, pratique pour fuir en Thaïlande et où il est impossible d’être pris à revers. Il y a en outre ces pierres précieuses qui peuvent financer l’effort de guerre. Les Khmers rouges minent les champs à outrance. Païlin devient une citadelle.
Les caractéristiques qui avaient guidé le choix des Khmers rouges permirent à la ville de demeurer leur dernière poche de résis¬tance et ce jusqu’en 1994 ! A cette époque les armées du Funcipec et du PCC harcèlent les derniers Khmers rouges alors que des tracta¬tions secrètes essaient d’aboutir. En fait, les derniers dirigeants khmers rouges compren¬nent que le combat est définitivement perdu. Hun Sen leur propose un compromis : il est prêt à leur offrir l’impunité s’ils rendent les armes. Les Khmers rouges de Païlin accep¬tent entraînant la mort de leur mouvement.
Ainsi naquit la dernière province du Cambodge, la province de Païlin. Le pardon fut accordé aux Khmers rouges vivant là. Et d’autres affluèrent en masse pour en bénéfi¬cier.
Mais cette arrivée massive n’a pas engendré autre chose que la misère. Les champs autour de la ville sont inutilisables, pollués par des engins de mort enterrés : les mines antipersonnel. Les Cambodgiens qui avaient choisi les camps des perdants constituent une main d’œuvre taillable et corvéable à merci pour les mines de diamants. Quelques riches trafi¬quants se partagent les terres et embauchent selon leurs besoins, en purs exploiteurs. Aucune loi ne protège les pauvres à Païlin et les communistes d’hier sont devenus les pires capitalistes d’aujourd’hui.
Les petits et les sans grades, eux, suent dans les carrières. Certains reçoivent un salaire ridicule. Ceux qui n’ont pas trouvé de travail rachètent des sacs de terre déjà fouillée, en espérant y trouver une petite pierre qui aurait échappé à la vigilance des mineurs. Ils remuent pendant des heu¬res leur tamis, dans des marigots tièdes, palpant des ton¬nes de terre en quête de ce diamant énorme qui n’apparaît jamais. Qui peut imaginer Sisyphe heureux en voyant ce spectacle ?
Païlin est aussi connue pour la quantité de mines qui pol¬lue la région. Depuis des années, des équipes de démi¬neurs se relaient pour assainir les lieux. Il y a hélas toujours des accidents, souvent des enfants qui condui¬sent les troupeaux et coupent par les bois, ou des véhicu¬lent dont les roues en labourant les pistes mettent au jour un de ces explosifs. 40 000 Cambodgiens ont perdu un membre sur une mine, 1 sur 250 ! Une campagne de pré¬vention proclamait : « Dix millions d’habitants, dix mil¬lions de mines. » Tout est dit, ou presque.
Le minage du pays a commencé dans les années 1970, pratiqué par les Khmers rouges comme par les troupes de Lon Nol. Durant leur domination, les Khmers rouges minèrent les frontières. Puis, après le départ des Vietnamiens, les troupes gouvernementales posèrent des mines à leur tour pour contenir les Khmers rouges.
Le CMAC a été fondé par des spécialistes français, avec de l’argent allemand. Ils sont à l’origine de ce travail de fourmi. Des millions de mines de tous types, chinoises, américaines, vietnamiennes, à souffle, à fragmentation, piégées ou bondissantes sont enterrées. Les démineurs doivent apprendre à toutes les connaître, à les déplacer, et à les neutraliser.
Les terrains minés sont divisés en aires assez réduites qu’il faut d’abord défricher avec des outils à long manche. Le détecteur de métaux balaie minutieusement une portion de terrain. Si un siffle¬ment se fait entendre, une balise est posée au sol. Un spécialiste entre enjeu pour déterrer la mine. Il possède bien quelques protections : un gilet blindé, un casque en Kevlar, mais c’est bien peu de chose face à l’explosion d’une mine, la chaleur engendrée, le souffle, le bruit.
Quelles que soient les précautions, le travail de déminage est extrêmement dangereux. Quelques jours avant que je prenne ces photos, neufs démineurs du CMAC sont morts à la suite de l’explosion
d’un petit stock de mines qu’ils s’apprêtaient à neutraliser.
Je suis allé ainsi trois fois sur ces champs en cours de démi¬nage accompagner les démi¬neurs. Chacun pense à ce danger invisible et mortel. Quand le travail progresse, le camp s’établit sur la partie déminée, et je me suis demandé, comme tout le monde, s’ils n’avaient pas pu, par mégarde, oublier une mine. Mais c’est le meilleur endroit pour comprendre l’horreur de la situation. Ce travail minu¬tieux demande du temps. Il fau¬dra des dizaines d’années pour se débarrasser de toutes ces mines. Les chiffres font peur : entre 1992 et 2002, on a déjà retiré 350 000 mines, 3 000 mines anti-tanks, 650 000 explosifs !
Lorsque les démineurs ont trouvé une mine, ils la détrui¬sent en la faisant exploser mais ils laissent provisoirement une marque, un bâton peint en jaune planté dans le sol. Certaines parties du terrain ressemblent parfois à de vérita¬bles champs de bâtons jaunes.

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