PHNOM PENH 2

Dès 1870, les Français organisèrent la ville avec une logique militaire. Ils créèrent un port « en dur » au bord du Mékong, la voie principale de communication. Puis presque en même temps que le palais royal, sortirent de terre une garnison, un arsenal, un dispensaire, des douanes, une prison, un poste de télégraphe et même un hôtel. Le bâtisseur Le Faucheur élève trois cents villas. A cette époque, Phnom Penh n’avait qu’une rue, qui conduisait du Vat Phnom au palais royal, en passant par le quartier français, le quartier marchand des Chinois, le quartier catholique des Vietnamiens puis le quartier cambodgien. En développant la ville, les Français tracèrent des rues bien droites portant les noms des héros de la colonisation : rue La Grandière, boulevard Doudart-de-Lagrée ou Francis-Garnier. Ces rues quadrillent toujours la ville. Seul leur nom a changé.

Après cette première phase de construction du protectorat, Phnom Penh était devenue une vraie ville, passant de 10 000 à 50 000 habitants en vingt ans. Mais les Français avaient aussi tracé des routes dans tout le royaume, facilitant ainsi le trafic intérieur. Du coup, Phnom Penh crût encore et son essor continuait. Les palmiers et les flamboyants, les villas coloniales, les quartiers bordés de canaux donnaient à la ville un charme inouï : surnommée la Perle de l’Asie du Sud-Est, elle faisait la fierté de ses rois et notamment de Sihanouk. Ce dernier, après avoir obtenu l’indépendance en 1953, modernisa largement la ville, avec des ponts, des écoles, des hôpitaux, des pagodes et des HLM. AU début de son règne, en 1941, elle comptait 110 000 personnes, 350 000 quinze ans après, 900 000 en 1970 ! A cette date la guerre avait frappé le Cambodge et les exilés grossissaient la population de la capitale. Phnom Penh avait cessé d’être la Perle de l’Asie.

Il est des villes dont le nom est marqué par l’empreinte de la tragédie : Nagasaki, Stalingrad, Dresde… Phnom Penh en fait partie. Entre 1970 et 1980, ce fut une cité martyrisée.
Le 17 avril 1975 est une date tragique dans l’histoire de Phnom Penh. Au petit matin, presque sans combat, les jeunes soldats khmers rouges entrent dans la ville, sous les acclamations. Les gens sont heureux car la guerre est finie. Mais, très vite, ces hommes en noir avares de sourires se postent sur les grands axes, et ordonnent à tous de quitter la ville, prétextant un bombardement américain. Avec les exilés, la population avait atteint deux millions d’habitants ! Des centaines de milliers de personnes partent sans savoir où aller, s’agglutinent sur les routes jalonnées de cadavres de soldats gouvernementaux. Les parents portent les enfants et les vieillards. En quelques heures, Phnom Penh est totalement vidé de ses habitants.

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On peine à imaginer une ville entière privée de vie, silencieuse, pareille à une carcasse. Quelques familles de cadres khmers rouges vivent dans un même quartier. Des patrouilles explorent les habitations mais ont ordre de ne toucher à rien. Seuls quelques symbo- les sont visés : la banque nationale, la cathe- drale, des statues de Lon Nol*, par exemple, ou encore les voitures. Symbolisant l’individualisme et le vice de la modernité capitaliste, elles avaient été empilées au bord des rues. Phnom Penh naguère si grouillante de vie est exsangue, seuls le croassement des corbeaux et les hurlements des torturés de Tuol Sleng brisent le terrible silence.

Mais après le cauchemar vient la renaissance. Le 7 février 1979 les troupes vietnamiennes entrent dans Phnom Penh. Pol Pot et les cadres du régime venaient de s’enfuir en hélicoptère. Les Vietnamiens organisèrent les retours, en commençant par attribuer à certains privilégiés de belles maisons. Puis le retour se démocratisa, ou plutôt se désorganisa. D’anciens habitants revinrent mais ne purent retourner dans leur maison. Des paysans arrivèrent avec leur famille, leurs poules, leurs cochons. Mais la population était de nouveau là, réinjectant la vie dans les veines de la cité.

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